Perspective d’un Venture Capitaliste: Interview avec Martin Mignot d’Index Ventures (1ière partie)

Martin Mignot travaille comme analyste pour Index Ventures depuis début 2010. On le remercie d’avoir pris le temps de nous rencontrer pour répondre à quelques questions.

Qu’est ce qui t’as amené à bosser dans un VC à Londres?

J’ai étudié la finance en France et j’ai bossé dans une banque d’affaires pendant deux ans et demi. En même temps j’ai un background assez entrepreneurial dans le sens où mes parents sont entrepreneurs et j’avais monté une webradio, RSP.fm, quand j’étais à Science Po. J’ai toujours voulu monter ma boite et j’ai un peu cette double compétence finance et web. Donc travailler dans un VC était un choix logique, un boulot que j’avais toujours rêvé de faire. C’est une plateforme d’apprentissage incroyable. Et j’ai choisi Londres parce que c’est là où sont les fonds les plus intéressants, et du coup, les entrepreneurs et les startups les plus excitants. Si tu veux avoir une approche globale, investir dans des startups partout en Europe et même partout dans le monde, comme c’est le cas chez Index, il n’y a pas beaucoup d’endroits en Europe qui te donnent ce genre d’accès.

Dirais tu que Londres est la capitale Européenne en terme d’investissement pour startups ?

Oui, c’est évident. Il y a beaucoup d’investisseurs et il y a beaucoup de startups. Il y a toujours eu des fonds d’investissement à Paris, à Stockholm, à Berlin, etc., mais c’est rare qu’ils investissent beaucoup en dehors d’Europe. En revanche, si tu prends Index par exemple, la moitié de nos investissements l’année passée ont été faits aux Etats Unis. Donc à Londres tu es moins limité au niveau des opportunités que tu peux avoir : tu peux travailler avec les meilleures startups du moment, quelque soit leur origine géographique.

Qu’est ce qui t’a amené à rejoindre Index Ventures?

Quand tu suis l’actualité des startups, il y a certains noms qui reviennent régulièrement, et Index en fait partie. En Europe c’est un nom qui est assez reconnu, qui a fait de beaux investissements, tels que Skype, MySQL, Betfair, Lovefilm, et beaucoup de grosses sorties européennes.

En terme de traction ils venaient de relever un nouveau fond, beaucoup plus important que le précédent. C’est un élément important dans le choix d’un VC, parce que ça veut dire que les investisseurs dans le fonds (les Limited Partners, « LP ») font confiance à l’équipe d’investissement. C’est un bon proxy pour voir la performance d’un fond.

D’autre part c’est une équipe unique de par son histoire. C’est un fond qui a été monté à Genève puis Londres dans les années 90 par Gerald Rimer, ses trois fils (Neil, David et Danny), et un 5ème partenaire, Giuseppe Zocco. C’est donc une ambiance géniale, parce que quand tu es à la réunion avec tous les associés le lundi matin, tu as les trois frères autour de la table, et tous les autres partenaires qui les ont rejoints depuis et qui sont tous amis depuis des années. Ils rigolent, ils sont potes, et quand quelqu’un dit quelque chose qui n’a aucun sens, ils n’hésitent pas à le faire savoir. Cette liberté de ton s’étend à toute l’équipe. Et il n’y a aucune politique. Comme le dit Gerry aux nouveaux venus : « ce n’est pas un family business, mais c’est une business family ».

Avez-vous une philosophie d’investissement particulière?

L’idée de départ était d’importer la manière d’investir des VC américains en Europe. C’est à dire investir dans des entreprises qui ont un potentiel de disruption, des startups qui peuvent être des leaders dans leur catégorie, et prendre une envergure globale. Skype est l’archétype de ce genre d’entreprise. C’est une boite Européenne, venant d’un petit marché (la Suède), mais avec une technologie extraordinaire, une équipe excellente, et la capacité de s’étendre mondialement. C’est le genre d’entreprises qu’on rêve de soutenir.

Qu’est ce qui distingue Londres des autres pôles d’innovation en Europe?

Pour développer des pôles d’innovations, il faut certains éléments clefs: une éducation de haut niveau, en particulier des ingénieurs ; un cadre légal favorable; et des fonds qui investissent activement et qui sont prêts à prendre des risques.
A ce titre, Londres est la ville qui possède la plus grande diversité en termes d’expertise et compétences. Il y a de très bonnes universités, d’excellents designers, (de la Central Saint Martins College par exemple), beaucoup de très bons développeurs (d’Imperial College entre autres), beaucoup de fonds d’investissements , et un gros marché national (ce qui est utile pour l’ecommerce par exemple). Tu as donc à disposition toutes les ressources et toutes les qualités nécessaires pour créer toutes sortes d’entreprises.
De surcroit c’est une ville qui est une capitale culturelle, et qui offre des services aux jeunes entrepreneurs pour s ‘amuser, se cultiver, communiquer, et se retrouver. Finalement, c’est aussi une question d’échelle: le talent attire le talent. Et c’est ce qui se passe à Londres.

Les autres pôles d’innovation européens ont d’autres points forts mais aucun ne réunit tous ces éléments à la même échelle. Berlin par exemple, est reconnu pour son coté créatif, plus orienté media, et communication. Barcelone a des avantages au niveau du cadre de vie. Paris a plus une réputation pour le ecommerce. Ceci dit en France il y a aussi pleins de gens qui font du mobile app, du cloud, etc. Par exemple, je lisais hier un article sur Scality, une startup française spécialisée dans le cloud storage pour applications email, avec une technologie très pointue. Mais typiquement, ils ont installé leur QG aux Etats Unis juste après avoir levé des fonds, parce que les clients et les investisseurs de la côte Ouest permettent d’accélérer considérablement le développement de ce type de startups.

Justement, une des critiques que l’on entend souvent est que, comparé avec les Etats Unis, il n’y a pas, en Europe, l’appétit de risque nécessaire à donner naissance à une entreprise de type Google ou Facebook, c’est à dire des entreprises avec un potentiel de monétisation incertain jusqu’à un stade tardif de leur développement. Qu’en penses-tu ?

Je pense que ce n’est pas du tout impossible, surtout pour des propositions purement technologiques qui sont facilement « scalable ». Un exemple est Spotify [une boite suédoise qui permet aux utilisateurs de streamer de la musique en ligne] qui à mon avis a le potentiel pour devenir le leader mondial de sa catégorie, un Google Européen de la musique en quelque sorte.

Oui mais Spotify avait un modèle de monétisation défini a un stade assez précoce ?

Effectivement, mais ils perdent encore de l’argent, et ont encore des gros besoins de financement. Au départ ils ont rajouté de la publicité et aujourd’hui ils proposent des abonnements, mais les membres payants demeurent une toute petite partie de leur audience.

La suite la semaine prochaine….

PS: Merci à Alex Gevers pour avoir fait l’interview et rédiger l’article

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