Perspective d’un Venture Capitaliste: Interview avec Martin Mignot d’Index Ventures (2ème partie)

Retrouvez la deuxième partie de l’entretien avec Martin Mignot d’Index Ventures qui a bien voulu partagé son opinion sur les méthodes de financement qui s’offrent aux entrepreneurs. Quand est ce que tu dirais qu’une startup a besoin d’un VC ? Je dirais le plus tard possible, idéalement une fois que le business model a fait ses preuves et qu’il est juste question d’accélérer la croissance. Il ne faut jamais oublier que lever des fonds est une perte de temps et de focus énormes, surtout pour une petite équipe qui est en train de lancer son produit. Pendant que tu es en train de te balader et faire des pitchs à des investisseurs, tu n’es pas en train de développer ta startup. Le mieux, c’est que la levée se fasse de façon réactive plutôt que proactive. C’est à dire que tu aies créé quelque chose qui soit assez significatif et assez excitant pour que les VC viennent à toi. C’est la meilleure situation pour lever des fonds rapidement et ne pas être trop dilué. Une dernière chose que je voudrais souligner : il y a très peu d’entreprises qui correspondent aux critères que nous recherchons en tant que VC et il y a des milliers de business extrêmement profitables pour leurs fondateurs dans lesquels nous n’investirions pas. Lever des fonds auprès d’un VC n’est pas une fin en soi, et certainement pas le but de l’entrepreneuriat. En tant que startup comment choisir ses investisseurs ? Que ce soit pour obtenir un investissement ou bosser dans un VC, les critères sont les mêmes, c’est à dire : leur histoire, leur performance, les domaines dans lesquels ils investissent, et l’équipe. Quels critères prenez vous en compte pour décider d’un investissement ? Les critères sont variables mais il faut que ce soit un projet qui ai le potentiel de devenir très gros, c’est à dire une entreprise qui puisse générer de 50 à 100 millions d’euros de revenus au bout de 3 à 5 ans. Ce qu’on va donc regarder c’est, premièrement, l’équipe : qui sont les gens, d’où ils viennent, et surtout, qui nous les a recommandés. Deuxièmement l’idée et la taille du marché. Il faut que le projet soit à la fois fou dans son ambition et raisonnable dans ses arguments pour le justifier. Troisièmement la technologie et la qualité du produit. Et finalement la « traction »: si par exemple c’est une application mobile sociale, ça sera combien d’utilisateurs tu as, à quelle vitesse tu les recrutes, et les coûts d’acquisition. Au delà des critères d’investissements à remplir, quels conseils as tu à donner aux entrepreneurs qui veulent lever du venture capital? Les entreprises dans lesquelles on investit nous ont souvent été recommandées par quelqu’un qu’on connaît. Donc la première étape serait de participer le plus possible à des évènements de la communauté. C’est à dire aller à Seedcamp, aller à Springboard, Open Coffee, etc., rencontrer les autres entrepreneurs, rencontrer les gens qui sont actifs dans cette communauté là, participer, contribuer, se créer un réseau. Comme tout milieu professionnel, il y a des codes, des gens qui sont influents et qui appliquent une sorte de validation sociale. C’est donc important de les identifier et de se faire valider par eux, que ce soit des réseaux d’angels, ou des entrepreneurs réputés. Pour en venir aux documents de présentation, personnellement j’aime bien qu’ils soient très courts. J’en vois 50 à 60 par semaine et l’essence du projet doit tenir en 10 slides. Il faut qu’en 1 minute je puisse comprendre de quoi il retourne. Ce qui est en général intéressant, c’est une analyse de la « unit economic », c’est à dire combien te rapporte la vente d’un seul de tes produits (ou un abonnement, un contrat, etc.), et quels sont les coûts associés, en fonction des canaux de distribution utilisés. Pourrais tu dire qu’il y’a de bonnes et mauvaises erreurs ? J’imagine que toutes les erreurs peuvent être bonnes du moment qu’elles ne tuent pas l’entreprise définitivement et qu’elles laissent donc la possibilité d’une amélioration. Les entrepreneurs qui réussissent sont ceux qui ont la capacité d’apprendre de leurs erreurs à une vitesse impressionnante. Ce sont des gens qui sont versatiles, qui sont capables d’autocritique, de s’adapter hyper vite, et d’itérer, itérer, itérer, jusqu’à ce qu’ils trouvent la formule magique. Par

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exemple, l’un des derniers entrepreneurs dans lequel on a investi, avait consacré les 5 premières slides de sa présentation à toutes les erreurs qu’il avait faites depuis le lancement et comment il avait fait évoluer son entreprise en conséquence pour les corriger. Et il faut que ça rentre dans l’ADN de la boite : faire du user-testing, de l’analytique, etc., toujours lancer, mesurer, optimiser, et faire évoluer. Je pense que les startups qui se plantent sont, à l’inverse, celles qui se lancent avec une idée arrêtée, et au lieu de se dire « faisons une autocritique et repartons à zéro », en changeant notre approche à partir de ce que les premières données nous ont appris, s’entêtent dans un modèle qui ne marche pas. Dernier conseil ? Le meilleur conseil est tout simplement de se lancer. Par exemple en commençant à faire ça à coté d’un boulot quotidien. Lancer le produit le plus simple possible, le plus vite possible, pour voir, s’il y a une demande potentielle, avant de s’y consacrer à fond. Merci encore à Martin Mignot et Alex Gevers qui s’est entretenu avec Martin et rédigé ce post.

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